janvier 2025

Le cimetière, un lieu de mémoire sujet aux enjeux d’avenir

Lieu de rassemblement et de commémoration, le cimetière est un espace à forte valeur patrimoniale qui perpétue l’histoire du village. Il réunit les habitants autour de récits personnels et communs. Aujourd’hui, les cimetières sont sujets à des changements de gestion et de pratiques. Ils deviennent porteurs d’enjeux de cadre de vie et de société.

1 – Une implantation qui évolue au fil des siècles

Historiquement situé à proximité de l’église, dans l’enceinte paroissiale, le cimetière était au cœur du village et de la vie des habitants.
À partir du XIXe siècle, la pensée hygiéniste qui régit l’urbanisme repousse les cimetières hors des enceintes des villes, dans le but de limiter la prolifération des maladies. Ces interventions massives de déplacement dessinent les fondements des cimetières tels que nous les connaissons aujourd’hui. Les extensions urbaines du XXe siècle vont rattraper et englober certains d’entre eux qui se voulaient éloignés de la ville et de son agitation.

Thimory. Le cimetière est resté en cœur de bourg accolé à l’église.

Bou. Le cimetière a été mis à distance de l’église, à l’extérieur du tissu bâti de la ville.

Châteauneuf-sur-Loire. Le cimetière qui avait été déplacé est aujourd’hui inclus dans le tissu urbain.

2 – Des changements de pratiques face à de nouvelles préoccupations

Les cimetières prennent souvent la forme d’un vaste rectangle quadrillé d’allées, à dominante minérale. Avec l’interdiction des produits phytosanitaires, leur gestion doit évoluer et d’adapter aux moyens humains et techniques des collectivités. L’image des cimetières doit se réinventer.
Un programme de reprises des concessions peut être l’occasion de repenser l’aménagement pour une végétalisation d’ensemble. Les changements de pratiques et de gestion dans les cimetières peuvent s’avérer délicats en suscitant parfois l’interrogation des usagers. La sensibilistaion sur la place du végétal et la communication restent les clés pour accompagner ces changements.

3 – Plus qu’un cimetière, un parc en ville

Le cimetière est un reflet de nos sociétés. L’augmentation de la population et son vieillessement se font ressentir par le manque de place dans l’enceinte des cimetières et le besoin d’extension. De nouveaux types de sépultures apparaissent avec l’augmentation des cérémonies laïques et l’appartition d’autres confessins : carrés végétalisés, orientations des sépultures, formes et symboles des stèles, jardin du souvenir… La crémation est de plus en plus pratiquée, représentant 40 % des obsèques en 2023 selon la fédération nationale du Funéraire.
Ces changements nous incitent à renouveler notre regard sur cet espace et à faire évoluer son image et ses aménagements.

Le cimetière est avant tout un lieu de recueillement où se retrouvent les familles, les amis. C’est aussi un espace public pouvant accueillir d’autres activités : promenade, méditation, célébration, jardinage, ou simple traversée… En proposant différents espaces, aux ambiances variées, le cimetière devient un lieu de mémoire active. Les visiteurs peuvent s’approprier les lieux, il ne se restreint plus à être l’espace des morts mais à être, aussi, celui des vivants. Mettre en avant le patrimoine funéraire et arboré permet de présenter le cimetière sous un nouveau jour, comme un lieu d’histoire et peut être support de tourisme. Il met en avant les récits individuels ainsi que l’histoire de la commune.

4 – Reconnecter les cimetières à la ville

Le cimetière est un espace qui évolue à l’abri des regards, souvent à l’écart des villes et des villages. Son réaménagement est l’occasion de retrouver un lien avec la ville et son paysage environnant.

Dialoguer avec le paysage environnant
Mettre en valeur des perspectives sur le grand paysage, souligner des éléments patrimoniaux…
En s’appuyant sur ces particularités, on apporte une qualité au lieu et on souligne sa singularité.

Vue cadrée par les plantations, mise en valeur des éléments paysagers.

Utiliser le végétal pour structurer l’espace et étendre les trames végétales
Assurer une continuité des trames végétales entre celle du cimetière et celle dans l’espace public. Favoriser des couloirs de biodiversité.

1 – L’arbre isolé signale un croisement, marque un espace particulier.
2 – L’alignement ou double alignement structure l’espace et les allées.
3 – La porte végétale encadre une entrée ou un monument, amorce un double alignement.

Accéder et circuler
Assurer une continuité des liaisons douces autour du cimetière et vers le centre-ville, faciliter les accès. Mettre en valeur l’entrée principale, planter les pieds de murs de vivaces et aménager un parvis à l’écart de l’espace de stationnement. Aménager le parking en déployant des strates végétales arborées et arbustives pour faire transition entre l’espace public et le cimetière.

1 – Trame végétale pour accompagner les accès au cimetière.
2 – Parvis d’entrée, pour se rassembler et signaler l’entrée.
3 – Parking végétalisé et perméable.
4 – Liaisons douces pour guider le visiteur jusqu’aux entrées du cimetière.

Auteur(s) : CAUE du Loiret